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For so long, the staff here at Prodg Entertainment Promotions have been trying to find a way to incorporate one of our native language into the newsletter. And this month, our own president, Bleky Seide, had a chance to converse with a well known Haitian writer, Margaret Papillon. Margaret has been writing for well over 20 years. She has published a plethora of novels, and many of them have catered to our youth. When we approached her, she was ecstatic about working with us and we are so honored to have had this opportunity.
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To all our readers, Bleky Seide and P.E.P presents you: a conversation with Margaret Papillon.
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Bleky Seide: Bonjour, tout d'abord merci d'avoir
accepté de répondre à ces quelques questions, pourriez vous vous présenter aux lecteurs ?
Margaret Papillon: Je suis née en novembre 1958 à Port-au-Prince
(Haïti). Je suis l'épouse du peintre de renom, Albert Desmangles, et mère de deux enfants : Sidney-Albert et Coralie-Agnès.
Ma carrière d'écrivain a démarré en 1987 avec la publication de " La marginale " Un roman au succès jamais démenti malgré
les années. En 2007, je fêterai donc mes vingt ans de publication. C'est un long parcours de combattant.
BS: Comment êtes-vous arrivé à l'écriture ?
MP: Mon premier texte, je l'écrivis à treize ans. À cette époque, je
n'avais pas encore cette passion de l'écriture. Néanmoins, séduite par l'attention que portaient mes frères et sœurs aux
histoires fabriquées de toutes pièces que je leur débitais avec un bonheur sans égal, je couchai mes premiers mots sur
un cahier d'écolier. Je ne tardai pas à mettre ce récit au rancart pour m'adonner à ma vraie passion d'alors : le sport ;
surtout le volley-ball et le basket-ball. C'est tout à fait par hasard qu'en fouillant - cinq ans plus tard - dans une
vieille armoire que je découvris le manuscrit enfoui. Je le relus en grimaçant, me demandant comment j'avais pu écrire
des choses aussi mièvres. D'un geste vif et spontané qui caractérise l'adolescence, je détruisis le texte, heureuse
qu'aucun regard ne l'ait jamais parcouru. Plus de vingt ans plus tard, ce geste, je le regrette encore, car je suis devenue
écrivain et je ne me pardonne toujours pas la grande légèreté, l'absolue désinvolture de mes dix-huit ans.
Ce petit fait à été, somme toute, très déterminant pour ma carrière car cela m'a donné la rage d'écrire ! Je me suis remise
à l'écriture vers l'âge de vingt-trois ans à l'occasion du procès que j'avais intenté au Canada contre les restaurants
McDonald's (la Multinationale du Fast-food) à cause du fait qu'ils m'avaient volé des dessins publicitaires que j'avais
conçus pour eux. Je consignais dans mon journal les moindres faits de cette grande bataille de David contre Goliath.
Cette histoire j'ai pu seulement la publier plus de vingt ans plus tard dans un récit autobiographique intitulé : "
La raison des plus forts… L'affaire McDonald's " paru en juin 2002. A vingt-cinq ans j'ai écrit " La Marginale " et deux
ans plus tard, ce que beaucoup de gens ignorent, j'ai publié deux livrets de blagues à l'occasion du départ du pouvoir des
Duvalier en 1986 intitulés " Les bonnes blagues de Maggypap ". Le succès avait été retentissant. Ce n'est qu'après, en 1987,
que " La Marginale " verra le jour Ce premier roman a eu un succès fulgurant et a été mon réel point de départ dans la littérature.
Depuis je n'ai jamais cessé d'écrire. J'ai des textes pleins mes tiroirs bien que j'en aie publiés pas mal.
BS: Quel est le message que vous voulez faire passer
à travers des livres comme " La Légende de Quisqueya I " et " La légende de Quisqueya II ?
MP: La Légende de Quisqueya a été conçu pour faire prendre conscience aux jeunes Haïtiens qu'il était important de sauver cette terre, ce pays qui les a vus naître, de la barbarie de certains. En même temps c'est aussi un questionnement sur l'héritage de notre indépendance. Nos ancêtres se sont battus pour nous donner une nation et faire de nous un peuple libre et qu'avons-nous fait de tout ça ???? Deux cents ans plus tard nous demandons l'aumône au " Blanc ". C'est une honte ! La Légende de Quisqueya, c'est aussi un cri d'alarme pour dire qu'il est temps d'arrêter le massacre du déboisement et de la déforestation. Les jeunes sont l'avenir du pays, les conscientiser c'est travailler à ce qu'il fasse mieux demain, à ce qu'ils ne répètent les erreurs de leurs prédécesseurs.
La Légende de Quisqueya II est un livre aussi fort que le premier mais avec un plus. Car c'est un plaidoyer anti-esclavagiste
et anti-impérialiste qui dénonce les horreurs de l'esclavage et de la colonisation d'un peuple par un autre peuple. Et qui met
aussi en exergue le génocide de toute une race de gens (les aborigènes de l'Amérique toute entière) au nom du Christianisme.
Devrait-on fêter la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb ? A cette question le livre répond : NON !
BS: Pourquoi avez-vous choisi d'écrire pour les adolescents ? Et qu'est-ce qui vous a
poussé à le faire ?
MP: Je crois qu'on ne choisit pas une forme d'écriture. Les textes s'imposent à vous, se sont eux qui vous choisissent et pas le contraire. Quand j'étais adolescente je ne lisais que des livres écrits par des étrangers donc des textes qui ne correspondaient pas à ma vie de jeune Haïtienne. Ils étaient très intéressants, mais à mes yeux ils manquaient de saveurs " tropicales ". L'ambiance et les décors n'étaient pas non plus de chez moi donc, très tôt j'ai rêvé d'écrire des livres où l'adolescent de mon pays se retrouverait. Et puis, notre terre est riche d'histoires à cause en premier lieu de son passé historique, de ses coutumes mais aussi à cause des différents métissages qui ont donné lieu à notre culture. Un vaste champ d'inspiration que je me fais le plaisir d'explorer à n'en plus finir.
C'est en Haïti que l'on minimise le rôle d'un auteur jeunesse. Écrire pour les jeunes est une lourde responsabilité car il faut créer des héros crédibles et intègres qui devront prêcher le bon exemple. La littérature jeunesse et un excellent créneau mais il n'est pas donné à tout le monde de pouvoir le faire car il faut, pour y arriver, retrouver à chaque coup son cœur d'enfant quand on est déjà adulte depuis belle lurette.
Quand aux motivations… Elles vous échappent toujours. On peut dire seulement qu'il y a un feu intérieur qui vous pousse dans tel
ou tel sens. Donner du bonheur aux jeunes enfants en tout cas reste la motivation première.
BS: Y a-t-il un message moral et éthique dans vos livres ?
MP: Oui, mes livres en sont truffés. Pour moi c'est là le rôle principal
d'un écrivain jeunesse sans quoi ça ne vaut plus la peine. Mon rêve reste et demeure de faire découvrir aux petits la beauté
et la richesse de leur territoire. C'est pourquoi je veux faire des livres, créer des aventures dans les neuf départements
géographiques d'Haïti, partout où il y a des monuments historiques, des forts, des citadelles qui témoignent de notre glorieux
passé. Redonner l'espoir, la fierté et le sens des valeurs à une jeunesse totalement désemparée reste l'une de mes plus grandes
priorités. Une jeunesse abandonnée à elle-même peut devenir très vite un ennemi # 1 pour sa propre patrie.
BS: Parmi tous les livres que vous avez écrits lequel est votre préféré ?
MP: C'est une question que l'on me pose toujours et que je trouve très
difficile à répondre. Ce serait comme me demander lequel de mes enfants je préfère…
BS: Sur quel projet êtes-vous en train de plancher ces jours-ci ?
MP: Je travaille actuellement sur un recueil de nouvelles intitulé
provisoirement : " Noirs préjugés ". Ce sera une compilation d'une demi-douzaine de textes courts écrits à Miami en Floride
où j'ai pris refuge depuis juillet 2005 avec mes enfants, fuyant l'horreur des kidnappings. Les textes son datés entre octobre
2005 et décembre 2006. Comme d'habitude j'y mets le meilleur de moi-même bien que cela soit devenu un peu plus difficile
d'écrire à cause du changement de vie et aussi du manque de temps. On est obligé de se battre pour garder ses sources
d'inspiration mais fort heureusement le cœur y est toujours et ça c'est l'essentiel. Je travaille aussi à la traduction
en anglais de mes anciennes publications pour faire face… aux nouveaux défis et aux nouveaux marchés.
BS: Quelle est votre source d'inspiration… quand vous écrivez vos romans d'amour ?
MP: Mes sources d'inspirations sont partout dans la nature et dans le monde qui m'entoure. Un jour quelqu'un m'a demandé où je trouvais mes histoires et je lui ai répondu que c'était très facile que je les voyais à chaque coin de rues, dans chaque personnage, dans chaque geste ou dans chaque regard. " Tenez, en voilà une qui passe maintenant dis-je en voyant passé un vieillard courbé par l'âge. Seulement avec cette image, car j'imagine tout de suite ce qu'à pu être sa vie, je peux écrire un roman de quatre cents pages ! " Le professeur Guy Maximilien, présent lors de cet entretien, soudain me regarda et dit avec beaucoup d'humour : " Ah, ça Madame, ce n'est pas très évident, des histoires à chaque coin de rues… c'est vous seule qui les voyiez ! "
Le plus important pour un écrivain c'est de pouvoir passer des émotions et ça on ne peut pas faire exprès de l'avoir. C'est un don tout simplement, un don du ciel.
Évidemment le vécu d'un auteur est très important pour son écriture mais ce n'est rien à côté de l'acte de création qui reste et demeure quelque chose de magique et de mystérieux. Souvent j'écris sur des sujets que je n'ai jamais explorés de ma vie comme la drogue, l'homosexualité ou la maladie du Sida mais cela ne m'empêche pas d'être convaincante. Écrire, c'est tout un métier qui demande des qualités exceptionnelles tel que la puissance d'évocation, une connaissance quasi parfaite de l'âme humaine, un sens de l'observation à toute épreuve, une cohérence extraordinaire, un savoir raconter, donc un véritable don de conteur. Il faut aussi une extrême générosité quand on veut parler de l'amour, un sentiment qui est avant tout " partage ". C'est ce tout qui permet d'aboutir à un résultat plutôt crédible.
Peut-on écrire sur la passion ou l'amour quand on ne l'a jamais vécu ? Cela serait un peu difficile…
BS: Avez-vous jamais pensé à adapter vos livres au cinéma ? Si oui, lequel ?
MP: En général, mon écriture est très cinématographique. Avant d'entendre des voix je vois des images. Peut-être est-ce la raison pour laquelle j'aime tant le cinéma. Donc, je ne perds pas de vue le cinéma. Si j'avais vécu dans un pays normal (Haïti) je pense l'adaptation d'un de mes textes aurait été fait depuis longtemps vu le succès que ceux-ci remportent à chaque coup. Mais, malheureusement, dans notre " bourgade " l'amateurisme fait loi et ceux qui se lance dans le 7e art en général se croit capable de tout faire ; c'est la raison pour laquelle le cinéma haïtien souffre et s'appauvrit chaque jour de plus en plus faute de scénarios réellement bien structuré. Etre écrivain ou être scénariste c'est tout un métier comme je l'ai dit plus haut. Les réalisateurs à Hollywood dépense des fortunes pour avoir de bons scénaristes mais ceux de chez nous se disent qu'ils peuvent très bien s'en passer comme quoi ils sont plus intelligents que tout le monde. Ils vont payer cher les conséquences. Le cinéma mondial a déjà fêté son siècle d'existence et nous, nous faisons du sur place. Un bon film ça
demande tout d'abord une bonne histoire et un scénario à toute épreuve. Des livres comme La Marginale, La légende de Quisqueya,
La Mal-aimée, Martin Toma, La Saison du Pardon auraient dû être fixé sur pellicule depuis longtemps. Mais… Hélas ! Très souvent
les gens attendent la mort d'un artiste pour tenter de faire des adaptations de ses œuvres sans avoir à payer de droits… en espérant...
que les héritiers n'y sauront rien… Toute une mentalité qu'il faudrait changer !
BS: Vos enfants supportent-il vos livres ?
MP: Bien sûr qu'ils les supportent, se sont même mes premiers supporters. Mon fils, Sidney, a un réel talent pour le dessin et il rêve de pouvoir illustrer un jour mes livres jeunesse. Au Collège, d'ici l'an prochain, il va étudier le " computer animation " (Miami International Institute / Art Institute) pour se lancer dans le dessin animé. Quant à ma fille Coralie elle est mon premier critique et pas des moindres. Elle veut devenir mon manager… Aïe, j'ai peur (rires).
BS: A votre avis, quelle serait l'idée principale que vous
aimeriez faire passer aux autres à travers vos livres ?
MP: Les sujets traités dans mes livres sont extrêmement variés. Donc, pour répondre à cette question il faudrait que vous puissiez spécifier lequel de mes livres vous visez pour le moment. Tout ce que je peux dire c'est que j'écris comme je vis ; avec beaucoup de spontanéité. Les choses sortent d'elle-même et le lecteur fait le reste. Il y a une sorte de cordon ombilical qui relie l'auteur au lecteur quelque chose de très fort quoique invisible et impalpable. C'est là la magie de l'écriture. Mais grosso modo je peux dire qu'en général c'est un miroir que je tends à ceux qui m'entourent. Tanpis si quelque fois ce qu'ils y voient ne leur plaît pas. Le rôle d'un écrivain n'est surtout pas de faire plaisir les clowns sont là pour ça.
BS: Quand pensez-vous vous arrêtez d'écrire ? Et que comptez-vous
faire avant que cela n'arrive ?
MP: Je crois qu'il y a des métiers avec lesquels on ne
saurait rompre. On peut peut-être s'arrêter de publier mais pas d'écrire. Même on s'efforcerait de ne rien
jeter sur du papier mais les textes et les personnages seront toujours dans votre tête et toujours en train
de vous hanter. Si vraiment on est écrivain on l'est pour la vie. Seule la mort peut vous délivrer de vos
obsessions. Parfois une histoire vous hante jusqu'à provoquer chez vous de graves insomnies. L'unique remède
à tout ça : accoucher de votre histoire ! Cela fait vingt ans que je publie et je pense n'avoir jamais encore
atteint mes objectifs qui seraient au moins de publier une centaine de livre avant de passer de vie à trépas.
J'ai du boulot sur la planche et je n'ai pas le temps ni le loisir de pourvoir m'arrêter. Écrire est un métier sans retraite…
BS: Que pensez-vous de la jeunesse Haïtienne ?
MP: Elle est comme toutes les autres jeunesses, pleines de vie et
pleines d'espoir pour des lendemains meilleurs. C'est triste de voir que nous n'avons pas mieux à leur offrir que
l'affligeant spectacle de notre débâcle. Pour avoir fréquenté si souvent les établissements scolaires durant mes
tournées de vente signature et de conférences je peux dire que nos jeunes sont formidables, intelligents, plein
de bonne volonté et ont un idéal intacte. Espérons que nous pourrons les préserver de la barbarie qui sévit
actuellement au pays… Actuellement le modèle qu'ils ont sous leurs yeux est celui des chefs de gangs… disons
même que nous avons le devoir de les préserver et de leur offrir mieux sans quoi ils partiront tous pour
l'étranger et ne reviendront plus. Ce qui contribuerait à l'anéantissement total de notre pays. Un État
sans relève est un État foutu d'avance.
BS: Votre mari est un peintre de renom, est-ce facile pour deux
artistes de votre acabit de cohabiter ?
MP: Vivre à deux en général n'est pas une chose très aisée voir
quand on est un couple de créateurs évoluant dans des sphères différentes. Mais, nous faisons de notre mieux pour nous
entraider mutuellement. La bonne entente est le facteur numéro un dans toute relation qui se veut durable. Donc, nous
essayons le plus possible de laisser à l'autre tout l'espace dont il aurait besoin pour s'adonner à son art sans pour
autant mettre en danger notre relation. Un vrai jeu d'équilibriste parfois…
BS: Merci beaucoup d'avoir participé à cette interview!
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